Fièvre à tique du Colorado et maladie de Lyme: des co-infections fréquentes

0
15

On parle de co-infection lorsqu’il y a contamination simultanée d’un tissu ou d’un organisme vivant par au moins deux agents pathogènes différents, virus ou bactérie. L’association de la fièvre à tiques du Colorado (CTF) à la maladie de Lyme représente un exemple typique de cette situation. L’agent responsable de la CTF est un Coltivirus de la famille des Reoviridae qui cible les cellules de la lignée hématopoïétique alors que la borréliose est causée par la bactérie Borrélia Burgdoferi. Ces deux pathologies partagent non seulement le même vecteur (la tique Ixodes hématophages), mais elles ont aussi en commun de nombreux signes cliniques qui ne facilitent pas leur diagnostic.

La CTF et la maladie de Lyme sont transmises par la morsure de tiques hématophages. Il suffit d’un seul contact prolongé avec le parasite lors de son repas sanguin pour être contaminé. Ces acariens sont de puissants vecteurs pour de nombreuses maladies et il est habituel de rencontrer une même tique porteuse de deux ou plusieurs agents pathogènes d’espèces différentes. Ainsi, chez 1000 tiques Ixodes ricinus collectées dans une zone de loisirs boisée de Thuringe en Allemagne, au moins 6 souches de bactéries pathogènes différentes ont été recherchées : 43,6 % de l’effectif était infecté par au moins un virus, 8,4 % des cas abritait deux agents pathogènes différents et 1,6 % du lot étudié servait de réservoir à trois agents infectieux ou plus en même temps.

La CTF et la maladie de Lyme ont en commun plusieurs symptômes qui en cas de co-infection, se superposent aisément et complique le diagnostic du médecin. Cette double infection revêt un intérêt particulier parce qu’elle associe une affection aigüe relativement bénigne (la CTF) à la borréliose qui est une maladie chronique rare, émergente et grave.

Parmi leurs points communs, une période d’incubation asymptotique pouvant s’étendre jusqu’à plusieurs semaines est suivie par une forte fièvre accompagnée de frissons, de céphalées, de photophobie, d’atteintes oculaires, de nausées, de vomissements et de douleurs abdominales. Ces deux maladies se manifestent aussi par éruptions cutanées du type érythémateuses, des arthralgies aseptiques ou atteintes articulaires et des myalgies ou douleurs musculaires. Dans leurs cas cliniques aggravés, ces infections auto-immunes provoquent des cas de méningites aseptiques, des encéphalites et des lésions hémorragiques. De lourds handicaps, voire le décès du sujet, peuvent être constatés en l’absence du traitement approprié.

La fièvre à tiques du Colorado se transmet par la piqure d’une tique infectée et occasionnellement lors d’une transfusion sanguine avec du sang contaminé. L’agent infectieux est un ribovirus (virus ARN) qui cible les érythrocytes et leurs précurseurs cellulaires. C’est une maladie dite « des montagnes américaines », car elle est assez spécifique de cette zone du globe. Après une période d’incubation pouvant aller jusqu’à 20 jours, la plupart des symptômes primaires relevés sont banals : fièvre, frissons, céphalées, asthénie, douleurs musculaires et abdominales, nausées, vomissements, troubles digestifs, ainsi que des éruptions cutanées érythémateuses ou papuleuses. On peut également noter des douleurs derrière les yeux et une hypersensibilité à la lumière ou photophobie. Au cours de la deuxième phase de l’infection virale, une fièvre élevée peut s’installer avec une recrudescence des symptômes. La CTF peut présenter un danger chez l’enfant, nécessitant parfois l’hospitalisation. Ses complications possibles sont la méningite aseptique, l’encéphalite, et la fièvre hémorragique, mais elles sont exceptionnelles. Néanmoins, 20% des personnes contaminées nécessitent une hospitalisation (http://fr.allerf.com/quest-ce-que-la-fievre-tiques-du-colorado/). Des troubles cognitifs et moteurs peuvent persister en cas de soins trop tardifs.

Des tests comme la fixation du complément, l’immunofluorescence et d’autres examens de laboratoire courants permettent d’orienter le diagnostic de la fièvre à tiques du Colorado. La constatation d’une leucopénie associée à une thrombocytopénie, et une élévation modérée des enzymes hépatiques permettent généralement de confirmer son diagnostic.

Aujourd’hui, il n’existe aucun traitement spécifique pour la CTF. En premier lieu, il faut se débarrasser entièrement de la tique en s’assurant qu’il n’en reste rien sur la peau. On peut ensuite utiliser des analgésiques ou de l’acetaminophène pour calmer la fièvre et les douleurs. L’usage des salicylates comme l’aspirine n’est pas recommandé chez les enfants puisqu’ils sont impliqués dans le syndrome de Reye. En outre, ils peuvent aggraver une thrombocytopénie et engendrer des troubles de la coagulation. Contactez immédiatement votre médecin en cas de doute.

Le fait d’avoir contracté le virus de la CTF peut confèrer une immunité durable contre une réinfection. Néanmoins, il est toujours plus prudent de prendre ses précautions en essayant d’éviter les piqûres de tiques.